La forme et la preuve du contrat de travail : que dit la loi ?

Date:

Les relations sociales entre employeurs et salariés sont connus sous la dénomination de contrat de travail, qui peut être défini comme la convention par laquelle une personne, le salarié, s’engage à travailler pour le compte d’une autre personne, l’employeur, sous sa direction et son contrôle, moyennant une rémunération. Le code du travail gabonais ne définit pas le contrat de travail, mais cette définition est déduite de la définition donnée du travailleur à l’article 1er dudit code, énoncé ainsi qu’il suit :

« Est considéré comme travailleur, au sens du présent Code, quel que soient son sexe et sa nationalité, toute personne qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne physique ou morale, publique ou privée, appelée employeur ».

On admet généralement que le contrat de travail est composé de trois éléments essentiels à savoir : la prestation accomplie par le salarié, la rémunération à la charge de l’employeur ; et surtout qu’il existe un lien de subordination qui implique que le salarié soit sous l’autorité de l’employeur.

L’existence de contrat de travail est parfois source de contentieux. En cas d’inexécution ou de mauvaise exécution de celui-ci, il conviendra de se reporter à ce qui est déterminé dans le contrat lui-même.

Mais un malheur n’arrivant jamais tout seul, il peut arriver que les parties n’aient pas finalisé leur accord dans un écrit, ce qui conduit à se poser la question de savoir comment prouver l’existence d’un contrat de travail existant entre deux parties. Cette question nous invite, au préalable, à nous interroger sur la forme que devrait revêtir ce contrat pour qu’il puisse être considéré comme valable.

Que dit la loi sur la forme du contrat de travail ?


Le code du travail gabonais, aux termes de son article 19, énonce clairement que le contrat de travail peut être passé « librement, soit verbalement, soit par écrit ». Il en ressort qu’à priori, la loi n’impose aucune exigence de forme pour la validité du contrat de travail. Les parties, c’est-à-dire l’employeur et le salarié, peuvent donc sans crainte s’engager par un échange de paroles, comme ils peuvent aussi décider de faire constater leur accord par écrit.

Mais en réalité, la forme verbale ou écrite du contrat de travail dépend largement de l’étendue de l’engagement des deux parties. Il faut donc distinguer selon qu’on se trouve en présence d’un contrat à durée déterminée (CDD), ou d’un contrat à durée indéterminée (CDI).

Le contrat à durée déterminée est un des contrats de travail les plus utilisés, et il est en même temps celui dont la forme est strictement encadrée par le code du travail. En effet, le CDD doit être constaté obligatoirement par écrit : c’est ce qu’impose l’article 23 de notre Code qui énonce qu’« il est obligatoirement écrit » et que sa durée ne peut excéder deux ans, renouvelable une seule fois.

Pour ce qui est du CDI, l’article 27 du code du travail prévoit que « le contrat qui ne répond pas aux définitions des articles 23, 24, 25 et 26 » pour le contrat à durée déterminée, est un contrat à durée indéterminée.

Il en résulte par exemple que s’il existe une relation de travail entre un employeur A et un salarié B, et que ce contrat n’est pas constaté par écrit, nous sommes obligatoirement en présence d’un contrat à durée indéterminée ; à condition que les éléments caractéristiques du contrat de travail énoncés plus haut soient constatés.

En définitive, le CDD doit donc obligatoirement être constaté dans un écrit, alors qu’il suffit d’un échange de parole pour qu’un CDI soit formé.

Toutefois, la forme verbale ou écrite de ces formes de contrat de travail peut entraîner un autre contentieux. La question ne se pose pas pour le CDD étant donné que celui-ci, dès lors qu’il n’est pas prévu dans un écrit, ne peut être considéré comme tel ; il pourra être requalifié en CDI.


Que prévoit la loi s’agissant de la preuve du contrat à durée indéterminée ?

Mais dans le cadre d’un CDI, la difficulté d’en apporter la preuve de son existence en cas de litige entre les parties peut être source de complications.

Comment prouver l’existence du contrat à durée indéterminée sachant que celui-ci peut ne pas être contenu dans un écrit ?

En réalité, la réponse à cette question est simple. Le principe est qu’en matière de fait juridique la preuve est libre, elle se fait donc par tout moyen. Une fois que le contrat de travail a été requalifié en contrat à durée indéterminée, les modes et la charge de la preuve changent aussi de régime.

La preuve se fait par tout moyen.



En savoir plus sur Que Dit La Loi

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Terence ASSEKO AKOMA
Terence ASSEKO AKOMAhttps://queditlaloi.com
Avocat au Barreau de Paris Co-fondateur de Que Dit La Loi Attaché à la défense des libertés publiques et individuelles

Share post:

Subscribe

Plus de lecture
Related

Statut du maire : qui peut le remplacer et dans quelles conditions ?

La démission du maire de Libreville a été suivie, en quelques jours, de l’élection d’un nouveau maire par les conseillers municipaux. Une séquence rapide, qui a pu surprendre. Faut-il pour autant y voir un simple choix politique interne, ou l’application d’un mécanisme prévu par la loi ? En réalité, le remplacement d’un maire obéit à des règles précises, souvent méconnues, qui tiennent à la manière même dont les communes sont organisées en droit gabonais.

Le nouveau cadre normatif de l’usage des réseaux sociaux au Gabon : quel impact pour les usagers ?

Le Gabon s’est doté en 2026 d’un cadre juridique inédit pour encadrer l’usage des réseaux sociaux. Entre fin de l’anonymat, responsabilité accrue des utilisateurs et nouvelles obligations pour les plateformes, ce texte ambitionne de réguler un espace numérique longtemps perçu comme hors de contrôle. Mais face à la rapidité des échanges, à l’essor de l’intelligence artificielle et à des pratiques profondément ancrées, cette régulation peut-elle réellement produire les effets attendus ?

Dix ans après la réforme de 2015, quel bilan pour le conseil successoral au Gabon ?

Le conseil successoral occupe aujourd’hui une place centrale dans l’organisation des successions au Gabon. Réformé en 2015 pour mieux encadrer la gestion des biens du défunt, il devait apporter plus de clarté et limiter les conflits familiaux. Dix ans après, le bilan apparaît plus nuancé. Entre cadre juridique clarifié et difficultés persistantes dans sa mise en œuvre, le dispositif révèle un décalage entre les exigences du droit et les réalités familiales. La réforme a-t-elle réellement permis de résoudre les difficultés qu’elle entendait corriger ?

Nouveau Code de la nationalité au Gabon : que change réellement la réforme de 2026 ?

La réforme du Code de la nationalité gabonaise, issue de l’ordonnance du 26 février 2026, modifie en profondeur plusieurs mécanismes du droit de la nationalité. Allongement des délais, nouvelles exigences en matière de naturalisation, encadrement renforcé du mariage, restriction du droit du sol, introduction de la notion d’« ascendance autochtone » : le texte intervient à différents niveaux, et ne se limite pas à un simple ajustement des règles existantes. L’analyse du nouveau Code conduit ainsi à s’interroger sur l’évolution des conditions d’accès à la nationalité, mais aussi sur la manière dont le droit organise désormais l’appartenance à la communauté nationale.

En savoir plus sur Que Dit La Loi

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture